Crise financière : l’écho des indignés
En trois ans rien n’a changé. L’enjeu du prochain socialisme est de s’extraire des vieilles recettes!
Le Krach de l’automne 2008, déclenché par la crise des « subprimes », a entraîné une récession touchant l’ensemble de la planète.
Les « supposés » plus grands économistes de tous les continents ont vu s’effondrer en quelques heures un système financier qu’ils présentaient comme un modèle.
Les banques, à l’origine de la crise, ont enregistré des pertes colossales. Les états sont venus à leur rescousse sans contrepartie.
Résultat, trois ans après rien n’a changé.
Les agences de notations enfoncent les états les uns après les autres, contraignant leurs gouvernements à la rigueur.
Les dirigeants de la planète n’ont qu’un mot à la bouche : austérité.
Les pays de la zone euro n’ont qu’une idée en tête : rassurer les marchés financiers en fermant le robinet des finances publiques. A ce rythme-là, l’Europe va droit dans le mur, vers le chômage de masse.
La crise a violemment accéléré la désindustrialisation de la France.
Près de 900 sites industriels ont fermé leurs portes en trois ans.
100.000 emplois industriels ont été détruits dans l’hexagone et le nombre d’emplois supprimés remonte nettement depuis quelques mois. Les derniers chiffres du chômage l’attestent malheureusement.
La récession est là, les emplois disparaissent, le chômage explose, la misère avance.
La pauvreté empoisonne la vie de millions de personnes touchées par la crise. Plus d’un quart des Français a peur d’y sombrer.
Partout en France le mouvement des ‘indignés » trouve un écho.
Il est urgent de réindustrialiser la France, de remettre le travail à l’honneur. Il est urgent de transformer le système financier pour qu’il soit au service des hommes et pas l’inverse.
Notre vie quotidienne est remplie d’interdits de toutes sortes : ne pas fumer ici, ne pas rouler trop vite. Et les sanctions tombent. Quant à la finance, c’est l’inverse : toujours moins de contraintes, toujours moins de règles. Il est temps que la finance soit aussi sous contrôle pour ne plus jouer contre les peuples.
L’enjeu du prochain socialisme est donc de s’extraire des vieilles recettes – comme l’incantation, qui est sans effet, ou comme la résignation, qui est sans conséquence – pour proposer des lois sécuritaires sur la finance.
La crise ne profite pas à la gauche au niveau européen.
La droite espagnole a remporté, dans un contexte de forte abstention, une victoire écrasante sur le PSOE de Zapatero.
Quatre millions d’Espagnols ont tourné le dos au PSOE tandis que le PP n’en gagne que moins d’un demi-million.
Après huit de pouvoir socialiste, le Parti Populaire, qui rassemble toutes les familles de la droite espagnole, de l’extrême droite au centre-droit, arrive donc aux commandes d’un pays au bord de l’implosion sociale.
Longtemps Zapatero a nié les effets de la crise sur l’Espagne. Longtemps Zapatero a pensé que les réformes sociétales (au demeurant souhaitables et légitimes) pouvaient se substituer intégralement à une politique économique et sociale alternative à celle menée par José-Maria Aznar pendant ses années de pouvoir.
Le résultat ne s’est pas fait attendre.
Au pays des Indignados, on ne se déplace même plus pour voter à gauche.
21% de chômage, une dette privée et publique atteignant cinq fois et demi le montant du PIB, et un modèle de croissance basé sur la bulle immobilière en panne ont eu raison du PSOE.
Pour achever le tableau, souvenons-nous que c’est sous les législatures du PSOE que de véritables pogroms racistes à l’encontre du prolétariat immigré marocain ont vu le jour…
Quelles leçons tirer de cette cuisante défaite de la gauche espagnole ?
D’abord, comme en Italie, en Grèce, au Portugal et ailleurs en Europe, la crise ne profite pas à la gauche. Au contraire.
Et si les électeurs ne sont pas enclins dans ces pays à porter leurs suffrages sur les sociaux-démocrates, c’est pour deux raisons complémentaires.
D’une part, les social-démocraties européennes au pouvoir (PASOK, PSP, PSOE) ont fait le choix des politiques de rigueur calquées sur celles vantées par les droites. Tout au plus ont-elles choisi pour adjuvant une petite dose de rhétorique appelant à la justice sociale face à la crise.
D’autre part, dans un monde en plein bouleversement, la gauche peine à diffuser une vision du monde cohérente. Certains, à gauche, le font. Mais les citoyens perçoivent davantage la vision véhiculée par les droites.
Nous ne pouvons en effet nous contenter à gauche d’être les bonnes consciences de la globalisation financière.
Nous ne pouvons faire comme si les choses allaient inéluctablement s’améliorer.
Nous ne pouvons enfin abdiquer devant une pensée a-démocratique qui consiste à dire comme le Président du Conseil européen – Monsieur Von Rompuy – que nous avons « besoin de réformes pas d’élections ».
Ces quelques leçons d’Espagne doivent nous inciter à changer d’approche.
La gauche ne sera écoutée que si elle représente une alternative. Cette alternative doit se fonder sur des outils économiques renouvelés dans la mondialisation : nouvelles politiques monétaire et commerciale, réforme du droit de la concurrence au niveau européen (avec politisation au sein du Conseil des procédures d’appel), politique industrielle véritable (alliant protection, innovation, implication de la puissance publique, de l’Université et des territoires).
Il faudra aussi renouveler notre approche démocratique parce que les citoyens ne renoueront avec le politique que s’ils sont effectivement des citoyens, c’est-à-dire impliqués dans la vie de la Cité.
Ces outils permettront de fonder de véritables politiques progressistes renouvelant le lien démocratique avec les classes populaires.
La crise appelle à changer. Et la victoire en 2012 nécessite ce changement.


![photo[1]](http://www.patrice-laurent.fr/wp-content/uploads/2012/01/photo1.jpg)







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